Décret tertiaire 2026 : comment identifier vos cibles bâtiments ≥ 1 000 m²
Le Décret Éco Énergie Tertiaire (DEET) impose -40 % de consommation en 2030 sur tout bâtiment tertiaire de plus de 1 000 m². Guide opérationnel pour artisans RGE : périmètre, échéances OPERAT, et méthodologie pour cibler les bâtiments les plus en retard.
Par Équipe Seuilo · Rédaction Seuilo

Le Décret Éco Énergie Tertiaire (DEET), aussi appelé Décret tertiaire, est l'obligation française qui impose à tout bâtiment tertiaire de plus de 1 000 m² de réduire sa consommation énergétique de -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à une année de référence postérieure à 2010. Issu de la loi ÉLAN, il concerne aujourd'hui plus de 400 000 bâtiments en France — bureaux, commerces, hôtels, écoles, locaux d'activité.
Pour un artisan RGE, ce décret n'est pas une contrainte abstraite : c'est un gisement de chantiers contractuellement obligés, étalé sur 25 ans, sur un parc bâti précisément identifiable via les données ouvertes.
Qui est concerné, vraiment ?
Le périmètre du DEET est plus large que ce que la plupart des propriétaires comprennent. Sont assujettis :
- Tout bâtiment hébergeant exclusivement des activités tertiaires sur une surface ≥ 1 000 m².
- Toute partie tertiaire ≥ 1 000 m² d'un bâtiment mixte (un immeuble résidentiel avec 1 200 m² de bureaux au RDC est concerné pour ces 1 200 m²).
- Un ensemble de bâtiments tertiaires situés sur la même unité foncière dont la somme dépasse 1 000 m².
Sont exclus : les bâtiments de défense ou de sécurité civile, les lieux de culte, et les constructions provisoires (< 24 mois). Un commerce de 800 m² isolé n'est pas concerné — mais s'il fait partie d'une galerie marchande totalisant 3 000 m², il l'est.
OPERAT : la plateforme qui change tout
Depuis le 30 septembre 2022, chaque assujetti doit déclarer ses consommations annuelles sur la plateforme OPERAT, gérée par l'ADEME. Cette donnée devient publique de façon agrégée à l'échelle communale — un signal commercial fort, mais sous-exploité par 95 % des artisans.
Concrètement, OPERAT permet d'identifier les bâtiments en retard sur leur trajectoire : ceux dont la consommation 2024 reste supérieure à 90 % de la référence ont objectivement besoin de travaux d'ici 2030.
Calendrier officiel des paliers
- 2030 — Palier 1 : -40 % de consommation finale (ou seuil absolu en kWh/m²/an selon secteur)
- 2040 — Palier 2 : -50 %
- 2050 — Palier 3 : -60 %
- Tous les 10 ans : déclaration consolidée + bilan de l'écart
L'arrêté « Valeurs Absolues IV » de juillet 2024 a précisé les seuils sectoriels pour 12 nouvelles catégories (logistique, salles de sport, data centers…). Concrètement : plus aucun secteur n'échappe au cadre, et les valeurs absolues deviennent souvent plus exigeantes que la trajectoire en pourcentage.
Trois familles de chantiers à cibler
Pour un artisan RGE, le DEET déclenche trois grandes typologies d'intervention, par ordre de ROI décroissant pour le client :
- Isolation et étanchéité à l'air (ITE, toiture, planchers bas) — gisement principal, jusqu'à -25 % de consommation à elle seule.
- Remplacement systèmes CVC (chauffage, ventilation, climatisation) — pompes à chaleur, VMC double flux, GTB.
- Pilotage et sobriété (GTB, monitoring, sondes de présence) — chantier court, ROI immédiat, souvent porte d'entrée commerciale.
Comment prospecter méthodiquement
La donnée publique combinée (ADEME, OPERAT, Sitadel, DVF) permet de construire une liste de cibles qualifiées sans démarchage froid :
- Filtrer les bâtiments tertiaires ≥ 1 000 m² sur une zone géographique précise via l'open data Sitadel.
- Croiser avec les DPE tertiaires publiés sur data.gouv (étiquettes E/F/G en priorité — gisement maximal).
- Identifier le propriétaire ou le syndic via les registres ouverts (RNIC pour copros, SIRENE pour entreprises).
- Vérifier l'absence de permis de construire récent (= pas de travaux en cours → fenêtre commerciale ouverte).
Les bâtiments DPE F et G de plus de 1 000 m² qui n'ont pas déposé de permis de construire depuis 5 ans représentent le sweet spot du DEET : obligation réglementaire imminente, propriétaire encore sans interlocuteur, devis souvent supérieur à 80 k€.
Sanctions et levier commercial
Le non-respect du DEET est sanctionné par une amende administrative jusqu'à 7 500 € par bâtiment et par an, doublée d'un « name & shame » : publication officielle des entreprises défaillantes. Pour un foncière qui gère 50 bâtiments, le risque cumulé devient un argument de vente direct.
Au-delà de l'aspect punitif, l'obligation crée une vraie urgence chez les propriétaires institutionnels (foncières, SCPI, bailleurs sociaux, collectivités) qui pilotent des portefeuilles entiers. Ce sont vos meilleurs prospects : décisionnaires uniques, capex annuels, trajectoire pluriannuelle.
Ressources officielles
Pour aller plus loin, consulter le site officiel OPERAT (ADEME), le texte du décret n° 2019-771, et l'arrêté Valeurs Absolues IV.